Pour préserver ses marges quand les prix des matières premières flambent, l'industrie alimentaire recourt à des ruses lui permettant d'augmenter les prix de vente sans que les consommateurs s'en
aperçoivent. Le magazine
60 millions de consommateurs , qui publie jeudi une enquête sur cette "inflation masquée", a observé leurs techniques pendant plusieurs mois. Alertés dès le début
de l'année d'un probable recours à ces augmentations camouflées, "nous avons activé nos réseaux chez les distributeurs et passé deux appels à témoin à destination des consommateurs, l'un dans le
magazine, l'autre sur notre site Internet", explique Lionel Mauguin, le journaliste qui signe cette enquête, interrogé par lepoint.fr. Car, il faut "être un consommateur sacrément avisé" pour
remarquer ces pratiques, souligne le mensuel.
Bilan : trois procédés ont été utilisés et parfois même combinés. Le premier d'entre eux consiste à maintenir le prix en diminuant les quantités de produit. Ainsi, les célèbres Prince de Lu ont-ils
fondu pendant l'été. Ils pèsent désormais 300 g contre 330 g, leur prix unitaire restant, lui, inchangé. Même opération pour le fromage blanc Jockey. Certes le prix du pot est le même, mais il ne
contient plus que 850 g contre 1 kg auparavant. Seconde technique : le relookage d'emballage ou le changement total de packaging.
60 millions de consommateurs cite l'exemple de la
vinaigrette Amora et de son flacon "tout nouveau, tout beau !". Plus cher et, qui plus est, de moindre contenance. Enfin, le magazine a recueilli de nombreux témoignages semblant indiquer que des
produits proposés chez des hard discounters auraient tout bonnement changé de recette, de manière à abaisser leur coût de fabrication, comme des yaourts, dont la proportion d'eau aurait subitement
augmenté. Une méthode " plus pernicieuse" encore. Les intéressés démentent. En revanche, "les grandes marques, elles, ne s'y risquent pas, elles auraient trop à perdre. Elles préfèrent utiliser les
deux autres procédés", estime toutefois Lionel Mauguin.
Au moment où beaucoup de Français peinent à boucler leur budget, l'enquête de
60 millions de consommateurs souligne aussi que toutes ces techniques faussent considérablement les chiffres
de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en matière d'inflation. Car, relève le mensuel,"pour ses relevés, l'Insee se focalise sur l'évolution du prix d'un même
produit". Ainsi, lorsque le produit est, ne serait-ce que légèrement, modifié, l'institut cesse de comparer son prix avec celui de sa version précédente. "Faux", s'insurge Luc Chatel, interrogé par
lepoint.fr. "L'Insee intègre l'évolution de ces produits dans ses calculs."
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